Par Simon KimbanguLa
République Démocratique du Congo est sur le point de vivre l’un des plus grands scandales de son histoire récente. Primera Gold, une société récemment créée en partenariat entre les Émirats arabes unis et le gouvernement congolais, est accusée de corruption massive et de monopole illégal sur le secteur aurifère artisanal.
Des allégations troublantes
Le député national Alfred Maisha Bishobibiri a récemment dénoncé ce qu’il considère être un « accord mafieux » autour de Primera Gold :
- La société n’aurait investi que 40 000$ (20 000$ pour Primera Gold et 20 000$ pour Primera Metals)
- Pourtant, elle bénéficierait d’un monopole de 25 ans sur l’or, le coltan, la cassitérite et le cobalt dans l’est du pays
- Elle jouirait d’énormes avantages fiscaux, ne payant par exemple que 3,5% de taxes sur le coltan contre 12% pour les sociétés congolaises
D’après Bishobibiri, le trésor congolais perdrait 500 millions de dollars par mois à cause de cet accord.
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Des exportations record, vraiment ?
Primera Gold se targue d’avoir exporté trois tonnes d’or depuis sa création fin 2022, soit l’équivalent de 80 ans d’exportation pour le Sud-Kivu.
Mais derrière ces chiffres ronflants se cache peut-être une réalité moins reluisante. D’aucuns soupçonnent Primera Gold de blanchir de l’or de contrebande en le faisant passer pour de l’or légal.
Si ces accusations sont avérées, cela signifierait que les bénéfices réels de Primera Gold pour l’économie congolaise sont bien moindres que ce qui est annoncé.
Quid de l’impact social ?
Au-delà des aspects financiers, l’accord avec Primera Gold soulève des inquiétudes pour les communautés locales.
Le monopole accordé à la société risque de priver de nombreux artisans miniers de leur gagne-pain. Surtout, en privant l’État de recettes fiscales importantes, cet accord pourrait réduire les investissements publics dans les services de base, aggravant la pauvreté.
Que va faire le gouvernement ?
Face au tollé provoqué par cette affaire, le gouvernement congolais se trouve dans une position délicate. Va-t-il défendre coûte que coûte cet accord controversé ou bien prendre ses distances avec Primera Gold ?
Le Premier ministre Sama Lukonde Kyenge serait favorable à une renégociation des termes trop favorables obtenus par la société. Mais certains ministres influents y seraient farouchement opposés.
Affaire à suivre, donc… Ce scandale pourrait bien éclabousser durablement l’image de la RDC sur la scène internationale.